Quand BonneMère avait cinq ans !

Mes enfants, laissez BonneMère vous raconter une histoire. Aujourd’hui quand les vibrants hommages aux papas Charlie commencent à laisser place aux mémorables vidéos des Chauprade et autres grincheux qui nous expliquent que les musulmans sont tous méchants, j’aimerais remonter le temps. Parce que voilà, avant d’être l’étudiante chroniqueuse sadomasochiste râleuse, aimable comme un grognard, aussi délicate que José Bové (la moustache en moins) qui jure comme un pochtron depuis ses quatorze ans, j’ai été une enfant.

Imaginez-vous qu’un jour j’ai eu cinq ans et j’ai appris à lire. Quelques lettres, puis des mots et des phrases. Et à cinq ans, quand on est normal, ce qui n’est pas tout à fait mon cas mais bon un peu quand même, eh bien, excusez le scatologique mais on chie dans les water. (Si je vous dis ça c’est pas que pour vous emmerder, ah ah la bonne blague!) Et que trouvait-on, dans les années 90, dans les water de la famille BonneMère ? des Charlie Hebdo et des Canard Enchaîné. Cette présence glorieuse faisait rester les quatre membres de cette famille au moins vingt minutes par passage, sur le trône, à se bidonner devant les caricatures de Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, Honoré, et ceux qui, par bonheur, n’ont pas été assassinés par la bêtise inhumaine.

Parce que voilà, moi j’ai pas appris à lire en lisant Astérix, parce que d’ailleurs Astérix ça me cassait les couilles. Il faut même dire la vérité, petite, je lisais pas beaucoup, mais putain dans les chiottes je taquinais du journal. Je lisais et relisais toutes les BD, caricatures et dessins que proposaient ces deux journaux satiriques irresponsables paraissant le mercredi. On peut dire que Charlie c’est mon Astérix à moi, que Maurice et Patapon étaient mes Tintin et Milou, moi c’était pas Hergé, c’était Cabu. Parce que oui, Cabu, même petite, c’était mon préféré. Déjà parce que je trouvais que Cabu c’était cool comme nom, ça ressemble à calus, qui veut dire fou dans mon dialecte provençal. Donc je trouvais qu’être fou c’était pas mal comme nom. Et puis il a une bonne tête de papi gentil, et j’aimais bien ça.

Le Charlie Hebdo renaît en 1992, comme moi, enfin moi je suis née en 1992, pas renée, ni Renée d’ailleurs, sauf si on croit à la réincarnation, et si on croit qu’on se réincarne en un être inférieur quand on a fait des conneries dans la vie précédente, j’ai dû en faire des vertes et des pas mûres pour finir comme ça, et puis si tu t’appelles Renée c’est bien que toi aussi t’as fait des conneries dans ta vie antérieure. Mais on arrête là la digression car je ne suis pas renée en 1992 et que je ne m’appelle pas Renée. Enfin bon, dire que j’ai grandi avec Charlie Hebdo ce n’est pas faire ma snob, ce n’est pas juste dire « Je Suis Charlie » pour se sentir appartenir à une quelconque mouvance. Et je le dis tout net : je suis ravie que la France dise « je suis Charlie », ne serait-ce déjà que pour imaginer la gueule de la bourgeasse coincée qui a jamais ouvert un Charlie avant aujourd’hui et qui a fait la queue dès 5h du matin pour trouver des dessins de gonzesses à poil. Je suis supposée faire des chroniques culturelles, mais bon ma culture, celle qui a fait l’adulte immature et tordue que je suis c’est Charlie Hebdo, c’est Le Canard Enchaîné. Alors voilà, je me fais plaisir.

Dans la famille BonneMère, le papa lisait Charlie, et quand il les avait fini, il les mettait dans les toilettes. Alors, maman BonneMère, sister BonneMère et moi, nous lisions tous Charlie. Moi au début je le lisais pour les dessins, mais ça me faisait quand même bien marrer. Et puis, plus tard quand papa BonneMère lisait moins Charlie, parce qu’on n’a pas toujours le temps, j’ai décidé de l’acheter, le Charlie et le Canard. Et avant d’être l’agnostique acharnée que je suis aujourd’hui, qui ne cessera jamais de répondre à ceux qui me demandent si je crois en Dieu : « Non, je sais pas. Je m’en fous. S’il y a un dieu, je ne pense pas que ce soit ce que l’homme en dit », j’ai été catholique. Et, croyez-le ou non, j’allais à l’aumônerie. Mais même alors j’étais une mécréante, qui lisait le Charlie et le Canard dans la salle commune de l’aumônerie en attendant l’heure du déjeuner, le mercredi. C’est comme si Dieu, non pas Dieu, c’est comme si l’univers, je préfère le concept de l’univers, m’avait mis devant un choix : l’aumônerie le mercredi ou le Charlie le mercredi. Et si pendant un moment j’ai hésité, j’ai choisi le Charlie. Charlie n’est pas une religion, ça non ! N’énervez pas plus Charb qui, là où il est, doit en avoir marre qu’on prie pour lui ! C’est un journal laïc, c’est un journal satirique, irresponsable, drôle, insolent. Alors le choix ce n’était pas entre deux religions, entre deux symboles ni entre deux institutions, ça ferait passer les dessinateurs pour une sorte de clergé, et je suis pas qu’ils apprécieraient l’idée. Le choix c’était entre mes collègues lecteurs du Charlie et ceux que ça faisait chier que je lise un tel journal.

Et si vous croyez que je raconte une histoire qui est terminée, les copains, vous vous fourrez le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Ceci est une nouvelle histoire, non, un nouveau chapitre d’une histoire qui commence dans les toilettes et continue, eh bien… où vous lirez votre Barbu : sur la version papier, dans les couloirs de la Sorbonne, dans les toilettes de la Sorbonne, dans les amphis de la Sorbonne, ou sur la version internet, chez vous, dans le métro, dans les toilettes. Cette histoire je vous la donne, mais je continue à l’écrire. Parce que s’ils ont tué papi Cabu, Oncle Bernard et d’autres membres de cette belle famille, ils n’ont pas tué l’esprit Charlie. Comme l’a bien dit Matthieu Sommet dans son Hors Série « Super Crayon » : « Si tu coupes la tête d’une hydre, d’autres repousseront ! ». Alors bon, on est peut-être pas une tête, mais une partie du visage, disons… une Barbe ! Je suis Charlie, je suis Barbue, je suis Libre, mais surtout je lis Charlie dans les toilettes.

P.S : pour l’occasion ce n’est pas notre dessinateur qui illustre cet article c’est moi, c’est pour cette raison que c’est moche, je ne sais pas dessiner mais on s’en fout, c’est mon petit hommage !

BonneMère

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