Henry VI, à faire pâlir Game of Thrones

Si vous vous intéressez un peu au théâtre ou si vous avez laissé vos yeux s’égarer sur France télévisions au mois de juillet (ou sur Canal + au mois de novembre) vous avez peut-être entendu ce nom : Thomas Jolly. C’est la nouvelle coqueluche du théâtre français car ce joli monsieur (blague de merde et j’assume) a mis en scène Henry VI de Shakespeare, une pièce réputée immontable ; et pour cause, l’ensemble dure, entractes compris, dix-huit putain d’heures. Mais ne vous y trompez pas, c’est peut-être long mais ça passe sans lubrifiant. Voilà une compagnie, la Piccola Familia, qui sait garder en haleine son spectateur, entre une Jeanne d’Arc aux cheveux bleus, un roi René en slip, des sorcières, des meurtres, un Richard III sexy, des meurtres, des batailles, des révoltes, des têtes coupées, des meurtres, des complots, des monologues-morceaux de bravoure, servis par des comédiens talentueux, une création lumière délirante et une bonne grosse musique bien bad ass, cette pièce fait pâlir toutes les grosses productions.

Si je la compare à Game of Thrones ce n’est pas un hasard, parce que Thomas Jolly l’a fait au détour d’une interview, la dépêche AFP l’a comparé à une série TV pour son côté épique et depuis, c’est parti ! Tous les journalistes, manquant cruellement d’inspiration et de sens de l’analyse assertent qu’il a conçu sa pièce comme une grande série TV, avec des épisodes. Forcément il est jeune, vous comprenez il a été nourri de toute cette culture. Alors oui, il est jeune, oui il regarde des séries télé, mais s’il vous plaît petits journalistes en herbe comprenez que c’est Shakespeare qui a inspiré les séries TV et pas l’inverse, comprenez que la Guerre des deux Roses est ce qui a inspiré Game of Thrones et ce n’est pas que le « jeune et Jolly » metteur en scène qui s’en est nourri. Le conflit entre les Lancaster et les York a eu lieu plus de cinq cents ans avant que celui entre Lannister et Stark ne soit écrit par notre serial killer préféré, Georges R. R. Martin.

Bon, après il manque deux choses par rapport à Game of Thrones, du cul et de l’inceste ! Et si la Reine Marguerite a des airs de Cersei, se battant pour son trône, connasse géniale qu’on essaie de détester mais qui nous fait de la peine quand elle perd son fils, elle a pas de frère à niquer. Mais Henry VI se passe de boobs ! Pourquoi ? Le talent, mes bons amis !

Henry VI ce n’est pas le délire mégalo d’un metteur en scène, c’est une aventure folle qui a mobilisé près de cinquante personnes pour la création, entre les acteurs, la technique, l’administration, c’est délirant ! La Piccola Familia c’est un microcosme lié par le talent et par l’amour, où chacun excelle dans son domaine. Je pense que vous avez compris que j’ai aimé cette pièce ! Aimer est un doux euphémisme, j’ai surkiffé sa race cette putain de pièce de l’enfer ! Déjà c’est le jeune Shakespeare, qui s’essaie à son art qui écrit cette épopée folle. C’est un jeune dramaturge qui ne connaît pas la mesure et qui crée un monstre sans calibrage. On y trouve en germes tout son théâtre : sa Eléonore a des airs de Lady Macbeth ; Suffolk banni, pleurant ses adieux à sa Marguerite ressemble à Roméo partant pour Mantoue, l’incapacité de décider d’Henry VI trouve des réminiscences chez Hamlet… Aller voir Henry VI c’est déjà découvrir une pièce peu connue du grand Will. Mais c’est la découvrir dans une mise en scène qui avec des moyens modernes, comme les lumières, la musique électro, ou les machines à fumée, rend l’esprit shakespearien avec force brio.

C’est revigorant, aussi, d’aller voir Henry VI. Un personnage de Rhapsode vous accompagne dans cette aventure, vous n’êtes jamais perdu. Vous êtes acteurs de cette pièce, la scène déborde dans la salle, et s’impose au public, par les entrées qui se fond dans la salle, par le ponton, excroissance de la scène s’avançant parfois jusqu’à cinq rangs dans la salle, par les lumières qui n’éclairent pas toujours que la scène mais éblouissent le spectateur ! C’est revigorant aussi de revoir du théâtre qui sait être populaire mais jamais populiste ! Et si cette pièce dure 18h elle est accessible à tout le monde, sans jamais s’abaisser à la facilité. Vilar exulterait de voir une telle pièce, et ce n’est pas un hasard si elle a été jouée pour la première fois en Avignon, dans une salle de la décentralisation avignonnaise, la FabricA. Henry VI se joue en mai aux Ateliers Berthier, la billetterie ouvre le 25 mars, je n’ai que cinq mots à ajouter : Allez-y, bordel de merde !

BonneMère

henry6

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