Pourquoi le cinéma mainstream a un problème avec les papas ?

oedipe

Derrière ce titre, peut-être que vous vous dites « qu’est ce que putain de quoi ? » à la Fossoyeur de films. De quoi qu’elle cause la BonneMère, elle fait pas de critiques de cinéma ou de théâtre ? Rubrique culturation en carton ! Alors ce mois-ci mes jolis barbus, nous allons parler cinéma mainstream, mais nous n’allons pas parler d’un film. Déjà ce mois-ci je n’ai rien vu qui m’a transcendé la gueule ni en théâtre ni en films, mais en même temps rien d’assez nul pour que je fasse mon troll haineux. Du coup j’ai décidé de vous parler d’une question qui me titille depuis un moment : le problème qu’a tout le cinéma mainstream avec la figure du père.

Ma grande question de base, c’est : pourquoi tout le cinéma depuis 30 ans semble se trimbaler un Œdipe non résolu et une volonté de faire tuer papa ? Et pourquoi les héros ont-ils besoin d’être sans père pour devenir des mecs badass ? Ma pomme de Newton pour commencer cet article ça a été Avengers : age of Ultron. Parce que Ultron, qu’est ce que c’est à part un film sur un Œdipe non résolu et sur une tentative de tuer papa afin de prendre sa place ? Même si je vous l’accorde, il essaie pas de se faire Pepper (ou Bruce Banner qu’on pourrait considérer comme la maman de l’intelligence artificielle, ah ! Me viennent en tête plein de fan fictions délicieuses entre l’amour viril d’Hulk et d’Iron Man, mais je m’égare!). Ultron ressemble très étrangement à son géniteur Tony Stark, lorsqu’il s’énerve et semble perdre toute forme de sang froid quand celui-ci lui parle. Même dans la symbolique du film, il semble vouloir se détacher de l’autorité parentale. Et quand il prend une forme humanoïde, quand il naît totalement au monde et n’est plus cet espèce de fœtus fini à la pisse qui sort en boitant pendant la petite sauterie de super-héros au début du film, il se lève et arrache le gros câble qui était dans sa tête. Outre la référence à Matrix, qui nous montre un personnage tirer de derrière la tête ce câble qui l’attachait à une vie informatique, Ultron tente de couper le cordon, mais avec le padre. Ultron est un archétype de petit garçon qui fait sa crise d’adolescent anti-papa, sauf que la sienne implique la destruction du monde et l’avilissement de la race humaine.

Depuis plusieurs décennies, le cinéma mainstream nous abreuve de films qui ont pour dynamique initiale voir pour tension principale le rapport avec le père soit dans l’idée qu’il faut inexorablement le tuer pour devenir un bonhomme ou que les papas morts ont ceci de cool qu’ils font des héros, putain en fait je suis superman !!! Bon on parle de Star Wars, de Harry Potter, de Indiana Jones (La dernière Croisade), de tous les films de super-héros, Superman, Spiderman, Batman, Green Lantern (si on peut vraiment appeler ça un film), X-men, (parce que oui rappelons quand même que ce con de Brett Ratner a tué Professeur X dans X-men l’affrontement final et qu’en gros il a tué la figure de père de tous les X-men qui sont tous rejetés par leurs parents ou par la société), Hulk (pas les cool avec Norton mais la daube avec Eric Bana), on parle du Roi Lion (bon là joker parce que c’est l’histoire d’Hamlet mais en même temps pourquoi remettre une telle histoire au goût du jour, ça prouve bien que ça coïncide avec une mouvance)… ? Bon je vais pas non plus voir faire un catalogue de tout le cinéma mainstream depuis trente ans vous avez compris l’idée !

Freud aurait quand même beaucoup à dire sur cette obsession du cinéma ! Si, les enjeux que le complexe d’Oedipe soulève relèvent d’un inconscient collectif, et de ce fait, sont une tension humaine donc une tension d’intrigue judicieuse, son usage à outrance est usant. Outre le fait que ça dénote chez les scénaristes et réalisateurs, peut-être, une volonté cathartique de réaliser leur propre Œdipe par substitution, cela rend les scénari toujours plus redondants. Ainsi la mort d’une figure paternelle est au-delà du topos dans les films de super-héros, que j’adore pourtant, c’est un cliché éculé qui commence légèrement à fatiguer.

Tout cela est d’autant plus déstabilisant quand on constate que la figure de la mère est totalement annexe. Dans Star Wars, Luke a un gros problème avec son père, mais la figure de la mère est à peine esquissée, et il semble plus piqué par le fait qu’il croit que Darth Vader (ou Dark Vador pour vous mes petits français d’amour) a tué son père que par le fait qu’il est aussi responsable de la mort de sa mère. Et même dans la deuxième trilogie, où Anakin Skywalker n’a pas de père, parce que sa putain de mère l’a porté toute seule, quand même, enfantée par les midichloriens, youhou l’Esprit Saint est de retour dans une galaxie très très lointaine, elle doit avoir peut-être dix minutes de temps à l’écran dans les deux premiers films. Et, vivante ou morte, elle a clairement moins d’impact sur Anakin que Qui-Gon et Obi-Wan. Dans le dernier Spider-Man, The Amazing Spider-man 2, Peter Parker utilise les indices laissés par Richard Parker, et toute l’histoire parallèle à l’intrigue avec Electro et le Bouffon Vert autour de la disparition des parents du super-héros repose sur ce qu’a fait Papa Spider-Man, et la maman, niet. Encore une fois, exit la mater, c’est le pater familias qui importe.

Pourquoi ? Pourquoi reprendre à toute une tradition de la tragédie familiale antique, le seul lien avec le père? Ce qui m’inquiète, c’est que soit toute la culture occidentale se trimbale un putain d’Œdipe à résoudre, et franchement ça fait peur, soit on considère encore que les personnages féminins sont secondaires (regardez le cinéma mainstream, citez-moi un film de super-héros avec un personnage féminin principal… heureusement que DC sort Supergirl en série, mais c’est pas du cinéma) et que les mères ont une influence moindre sur l’avenir du petit par rapport au père. Dans les deux cas, ça montre bien que la société est bien toujours patriarcale et que la femme est en général soit la mère aimante, mais du coup qui n’a pas beaucoup d’importance parce qu’elle n’est pas un ressort majeur de l’histoire, soit la femme sexy, qui adjuvante ou opposante a une influence toute minime sur l’histoire. Je propose donc qu’on aille tous frapper à la porte du Skywalker Ranch, faire un coucou à Georges Lucas et lui demander pourquoi il a envie de tuer son papa, vous venez ?

BonneMère

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