Paris je t’aime bien

paris je taime bien

Je suis née à Paris, j’ai même toujours vécu à Paris, et après ce qui s’est passé je me suis demandée si j’allais en parler. Parce que bon, la chroniqueuse BD qui se prend encore pour la spécialiste société de Libé, bof. Mais je suis quand même vraiment triste et oui c’est larmoyant mais j’aime beaucoup, beaucoup, beaucoup Paris et j’aimerais bien qu’on en parle un peu, juste un peu, genre ça va durer une page.

J’ai jamais trop compris en quoi Paris pouvait être une fête mais je l’ai toujours trouvée aussi bruyante qu’un nouvel an avec 200 personnes dans 50m2 au moment du décompte. Et si Paris est la plus belle ville du monde avec ses Champs-Elysées et ses croissants dorés sur les comptoirs, elle l’est aussi avec son odeur du métro, son vomi à tous les coins de rue et ses klaxons sur le boulevard Magenta à 18h-19h.

Du coup j’ai pas envie qu’on fasse une grande déclaration à Paris sur fond d’Edith Piaf mais plutôt qu’on en rit, qu’on s’en moque, parce que c’est quand même tout ce qu’elle mérite. Et pour ça, je me suis dit que ça serait bien de parler de Bienvenue à Boboland de Dupuy-Berbérian.

Dupuy-Berbérian c’est l’association de Philippe Dupuy et Charles Berbérian qui révolutionne la BD depuis 1983. Selon Wikipédia, leur dernière collaboration date de 2009 mais je veux croire qu’ils vont nous sortir un truc de folie un jour prochain.

Dupuy-Berbérian c’est mes premiers émois BD, c’est Monsieur Jean et Le Journal d’Henriette lus et relus toute la nuit en douce sous la couette (pitié VA LES LIRE, ça va révolutionner ta vie), c’est le Grand Prix d’Angoulême en 2008, c’est des monstres, des Dieux. Bref, les mecs pèsent dans le game et je crois que je les aime tout particulièrement car ils prouvent à chaque page que la BD est un truc de gens intelligents et est un travail intelligent.

Bienvenue à Boboland, un livre sérieux de Fluide Glacial (dès la maison d’édition tu sais que ça être ouf), est une étude du « comportement humain en milieu urbain ». Cette étude se compose d’une multitude de lignes de vie entre-mêlées les unes aux autres rejoignant les mêmes problématiques et créant ensemble le patchwork que sont les bobos, ce cliché parisien qui tend à valoir pour définition universelle aux yeux du monde. Si on a évidemment des planches solitaires qui témoignent d’un changement de nos sociétés (j’ai beaucoup ri en lisant l’histoire du business man qui rachète le dernier étage d’un squat pour en faire un loft indé), on suit globalement les (més)aventures de plusieurs personnages aussi emblématiques que clichés. Mes deux préférés restent, encore et toujours après trois tomes et 15 relectures, cet artiste qui essaye de révolutionner le monde tout en suivant le mouvement et reste finalement un looser, la trentaine tardive et son t-shirt de « The Who » qu’il a depuis 15 ans sur le dos, et le burn-out total d’un jeune père qui lâche sa vie parfaite de cadre dynamique pour baiser à tout va et suivre le flow.

On retrouve ici le trait de Dupuy-Berbérian, un trait que j’ai toujours trouvé particulièrement spécial. Le facteur « je les lis depuis que j’ai 8 ans » doit beaucoup jouer mais ils ont trouvé le juste milieu entre le gribouillage sur un coin de table et le dessin fin et fragile. Les dessins Dupuy-Berbérian ont l’air d’être faits sans effort d’un trait de plume désinvolte et moqueur et pourtant. Il y a une justesse, une spontanéité et surtout une vie dans leurs dessins qui portent avec douceur et exactitude un humour second degré aussi spirituel que grinçant. Ils dressent un portrait sans concession, parfois exagéré, d’une société risible et on en redemande. Parce que c’est drôle mais pas seulement, parce que c’est beau mais pas seulement. Comme tout le travail de Dupuy-Berbérian, Bienvenue à Boboland a de l’âme.

Cet ouvrage n’est vraiment pas mon préféré de Dupuy-Berbérian et je l’ai plus choisi pour le thème qu’il traite que pour sa capacité à représenter le travail de ces deux dessinateurs/scénaristes de génie. J’aimais l’idée de te parler des terrasses des cafés et des naturalias en s’en moquant doucement, comme on taquine son meilleur ami parce qu’on arrive pas à lui dire combien on l’aime.

Il n’en témoigne pas moins d’un changement intéressant dans leur manière de travailler tant dans le dessin que dans le traitement de l’histoire. Mais pour comprendre ce commentaire énigmatique il va falloir aller lire Monsieur Jean et Henriette.

P.s : Le Fluide glacial du mois de décembre interview Charles Berbérian, ça vaut le coup d’y jeter un œil. (J’aime quand j’ai les mêmes idées que mon magazine préféré).

Shamsi

 

 

 

 

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