Murmures

Edito

Trois petits chats, trois petits chats, trois petits chats chats chats

Chapeau de paille, chapeau de paille, chapeau de paille paille paille…

Quand j’étais gamin.e, il y avait une chanson qui passait à la radio. Ca faisait :

Ecoute le silence des frontières, c’est du dollar qui desespère parce qu’il n’entend rien.

A la même époque, on allait faire les bords des chemins aux vacances de la Toussaint en gueulant :

Les mûres sont mûres ! Les mûres sont mûres !

Certain.e.s de mes potes plus agé.e.s se prenaient pour des badasses parce qu’illes recouvraient les murs du 92 de leur blase et la plupart d’entre nous recouvrions le bleu ou rose assigné à la naissance dans notre chambre.

J’avais 11 ou 12 printemps de l’hemisphère nord, je n’entendais pas grand-chose des paroles, j’aimais bien bouffer les mûres dans le panier avant d’en faire de la confiture, je trouvais que mes potes étaient cool même s’illes se la jouaient un peu. Comme les murs de ma chambre d’ailleurs.

A cet âge là, il y avait des images de gosses affamés, des tremblements de terre, des tirs militaire et des explosions. Je me souviens de cette expression, tellement hype dans la bouche des ministres au début des années 2000 : tolérance zéro. C’était un jeu de ping pong, une partie d’échec, un match amical entre camarades de promo à qui trouverait la meilleure politique sécuritaire. Le 21 Avril 2002, on est beaucoup à avoir arrêté de voter avant l’âge légal. Et les actualités faisaient le bruit d’un avion militaire en entraînement à 6h du mat au dessus d’un village d’Ardèche, d’une rave à Fontainebleau au milieu des années 90, d’un marteau piqueur dans ta cage thoracique. Un boucan à te donner envie d’appuyer sur pause.

Et que la pause dure.

Le temps de réfléchir

Le temps de se souvenir :

Chine, Pays-Bas, Allemagne, Chypre, Hongrie, France, Irlande, Bulgarie, Syrie, Libye, Irak, Israël, Maroc, Etats-Unis, Pakistan, Bangladesh, Afghanistan, Ouzbékistan, Botswana…

C’est pas un match de foot. C’est des postes de contrôle, des miradors, des frontières barbelées, bétonnées, electrifiées. Des murs en somme.

Dans les années 2000, je connaissais un peu le mur de Berlin grâce à David Bowie et aux cours d’Histoire. Je savais que ma famille, un peu de partout, là bas à l’Est, avait fui avant d’être emmurée. Je savais aussi les textes que je lisais, loin des gros titres et des règlements de compte. Je me souviens surtout d’Une Bouteille dans la Mer de Gaza et de Je t’écris de Berlin. Et je comprenais pas pourquoi tout le monde n’était pas comme les héro.e.s de ces deux bouquins: à s’écrire pour comprendre, pour tisser un pont plus haut que les murs, pour devenir plus grand.e.s et plus intelligent.e.s que les joueurs du match UMP-FN qui se faisaient des courbettes sur le gazon parfaitement entretenu de l’Elysée.

J’étais naï.f.ve et bien à l’abri entre les quatre murs de ma chambre en dur.

Ce mois-ci, le Barbu tentera, tant bien que mal, de vous aider à défoncer les murs, tous les murs, assis.e.s, debouts, couché.e.s, dans votre chambre, votre salon, au bout du monde ou pas vraiment, à Noisy le Sec ou à Singapour. Et, entendu qu’on m’a laissé la parole en prem’s, un conseil : détournez la tête du vacarme, des rumeurs qui gueulent et écoutez les mots que vous croyez usés, fatigués ou délavés. Les trop longs, les compliqués, les épuisés. Et peut-être qu’un jour, les murmures gagneront sur les paroles figées, les jolis clichés et les complexes sécurisés.

Justin(e), no border

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