Doigts musclés et eroge

eroge

Amis, avouez le : Vous avez sans doute, un jour, été sidéré par l’érotisme d’une belle main fine, à la fois ferme et douce, étroite et élancée. Peut-être même qu’à cet instant vous êtes parvenu à la conclusion qu’il fallait mieux capitaliser tous vos efforts sur ces extrémités plutôt que sur des parties plus secrètes, moins visibles, de votre anatomie. Et c’est alors qu’est venue cette idée tout à fait géniale :

Muscler vos doigts.

Pour cela rien de mieux que le tennis ou le ping pong ; mais les deux s’avèrent si pénibles que cet avantage, si durement gagné, se noie sous des litres de sueur et des tonnes de regrets. Pour épargner cet exercice à votre volonté, une solution : les otome ou les eroge games. (Avec Mortal Kombat, vous finiriez en effet avec une protubérance nette au niveau du pouce tout aussi esthétique que le biceps gauche de Nadal). Ces jeux, fort peu développés en occident, nécessitent en effet un seul mouvement, longuement et mécaniquement répété, du pouce sur une seule touche de la manette. Une légère pulsion, qui, à la longue, peut s’avérer quelque peu ennuyeuse-mais qui, exercée tour à tour par l’index, le majeur, l’auriculaire, secondés pourquoi pas du petit doigt, sauront à terme produire un bel effet. Le principe est simple : comme pour un livre interactif, vous devez appuyer sur un bouton pour faire défiler le texte et les dialogues, et avancer dans l’histoire. A la différence près que ces visual novels ont un objectif assez différent : faire tomber l’être de votre choix amoureux de vous. Un panel de personnages tout aussi charmants (et stéréotypés) les uns que les autres vous est présenté, et libre à vous alors de sélectionner celui sur lequel vous jetterez votre dévolu. Les otome games-destinés aux filles- mettent souvent en scène des hommes jeunes, efféminés, avec des caractéristiques spécifiques : le sportif, le petit mignon à la shotacon (attirance pour les petits garçons), le tono sama (le prince), le mystérieux, le provocateur, le dragueur…Après de longues heures à tapoter le bouton et à effectuer quelques choix parmi les solutions proposées, le dur labeur sera récompensé d’une scène romantique avec déclaration, bisou, et parfois, top du top, mariage. Cette déclaration peut avoir lieu dans une église/dans votre salle de classe préférée, sous le ciel étoilé, devant le soleil levant, avec ou sans océan à perte d’horizon. On vous aimera depuis le début, vous si belle, si intelligence, si douce, si gentille. On vous trouvera des qualités inespérées, inconnues, et votre diplôme empoché il sera temps de vous mettre l’anneau au doigt car merde vous n’attendiez que ça, c’est le but du jeu. Par contre, vous serez frustrées d’apprendre que les otome games prennent très rarement en considération la consommation du mariage. Les crédits défilent alors que vous venez à peine de prononcer vos vœux.

Pour y remédier, les eroge games sont là.

Destinés cette fois ci aux hommes, les eroge games mettent en scène un schéma parallèle avec un héros (vous) et un harem de filles similaire à celui des otome games. A l’exception près que cette fois-ci vous aurez l’immense satisfaction de pouvoir consommer votre cible sans nécessairement avoir à vous la coltiner jusqu’à la fin de vos jours. Un avantage donc redoutable. A votre tour, vous serez beau, fort, intelligent. Les scènes érotiques insisteront fortement sur votre talent sexuel : un exemple frappant, à peine aurez-vous fait sauter le premier bouton de sa chemine, que l’héroïne sera déjà bien avancée sur la route de l’orgasme. Summum de la satisfaction : Vous serez sans aucun doute son premier (et seul) amour.

Mais comment éviter d’être coincé dans votre propre sexe ? Il est vrai que ces deux types de jeux véhiculent souvent –pas toujours pour autant- des idées stéréotypées du désir féminin et du désir masculin. Elles mettent en valeur certaines qualités au détriment d’autres, distribuent les rôles et les objectifs (mariage pour les filles/relations sexuelles pour les garçons). Pour autant, gare à ceux qui viendraient les prendre de haut : certains scénarios valent le détour, certains héros/héroïnes détruisent les clichés, certaines histoires vont verront pleurer des litres de larmes.

Jouez aux deux.

Peu importe votre sexe. Non seulement c’est drôle, mais c’est bien la première fois de ma vie qu’on m’a dit « Jolie, forte, gentille, courageuse, virile, féminine, intelligence, astucieuse, humble, drôle, sportive, sachant manier l’épée, danser, faire du thé, remporter des jeux, gagner à la boxe,», première fois que j’ai tué, aimé, trahi, séduit, volé, ensorcelé, haï, aimé encore en changeant de partie, que j’ai été un samouraï, une vampire, une joueuse de tennis, une princesse, un vampire, une sorcière, que j’ai aimé des femmes et que j’ai aimé des hommes,

bon Dieu que j’ai tant aimé,

que je suis mort, que je suis morte,

d’un geste du doigt.

Et je sais faire jouir en faisant sauter les boutons d’une chemise.

Alesklar

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Où il est question d’onglerie artistique

nail it

Pour ce qui est des mains, on s’y connaît. L’histoire de l’art est faite de mains : du sculpteur, doigts de peintre, menottes de tisseuses, etc. Si les pieds — ou tout autre membre — peuvent s’introduire dans l’affaire, ils diffèrent de la main par une grande chose : leur capacité à être, comme la toile, recouverts de vernis. Parlons donc de de nail-art. Ce thème me touche particulièrement, non pas que je puisse aborder ma pratique de cet artisanat (mes pauvres contacts avec les vernis se résument en une légère peinturlure à 10 ans et une constante extase olfactive à la moindre ouverture de flacon — je suis de ceux qui détectent une pose clandestine en amphithéâtre —), mais je ne puis cacher une information capitale : je possédais une vague… amie… connaissance… ongleriste.

Cette anecdote subjective permet de me pencher sur les formes audacieuses que peuvent prendre les décorations de corne. Cette amie, connaissance, camarade ongleriste en herbe avait subitement braqué son parcours post-bac vers un diplôme de l’école de nail-art, dans la stupéfaction générale. Le chapitre le plus intéressant de cet énième conte sponsorisé par l’ONISEP est sans doute celui de la découverte, un an plus tard, des créations de cette chère accompagnatrice, collègue, rolandiste, publiées sur sa page Facebook officielle. À son compte, elle se déplaçait de maison en maison, de main en main, d’ongle en ongle pour propager ses excroissances multicolores au goût aussi douteux que celui d’un tie-and-dye hippie daltonien. En fait, c’était affreux. Comme dans ultra-moche. Vomitif. Et la question était : mais elle fait payer pour ça ? Quel est le fuck ?

Passé ce traumatisme, il fallait se rendre à une évidence claire : le nail art prôné par une élite de youtubeuses et également par cette sacro-sainte madmoizelle.com pouvait se révéler immonde. En fait, jetons même un pavé par les portes entr’ouvertes, décorer ses ongles de quelconque manière baroque n’est pas acceptable : tchao coulures multicolores, points au pinceau large, collages surréels d’autocollants mal posés… Une rapide recherche sur l’internet de la corne (simple à reproduire chez soi) associant les clés nail+art+ongle+facile+joli permet de se rendre compte des multiples possibilités offertes à tout être humain possédant deux paires d’ongles. À votre bon goût.

Et s’il n’y avait que le vernis ! En fait, les esthéticiennes manucuristes peuvent même se targuer d’un diplôme de sculptrices sur ongle grâce à leurs accessoires d’extension intimement liés au PIB de la receveuse. Si t’es pauvre, t’es bon pour l’ongle en plastique cheap aux décollages et fissures de support garanties. Si t’es riche, vas-y alors pour la solution sculptée extrême : grâce à une résine polymère fondue aux ultraviolets, l’ongle est beau, l’ongle est propre, les produits fusionnent et tout est parfait. Souvenons-nous que la grande richesse ne garantit cependant pas le bon goût…

Chers ami-e-s, je vous conseille donc la sobriété. Choisissez un vernis pop mais uni, couvrant et non écaillé. Tout le monde sait qu’un vernis écaillé est incompatible avec les « pénétrations en gros plan [qui] promettaient des gouffres ». À tous les coups, une mauvaise manucure se transforme en l’araignée qui empêche une correcte vie. Ne vous y sentez également pas obligés. Ni interdits. Appropriez-vous l’ongle, acceptez la roue libre et NAIL IT.

WoodyWanker

Permis de chasse aux crocodiles

croco

Ayé c’est l’été ! La saison où on te compte fleurette, la saison où il ne faut pas changer d’adresse. Evidemment petit lecteur, tu veux draguer toutes les jolies personnes qui passent et tu as bien raison : YOLO comme dirait un Marseillais à Rio ou, plus vulgairement, Carpe Diem comme dirait un vieux con à barbe. Même nous on a envie de te parler d’amour et d’eau fraîche car on sait combien tu aimes les soirées endiablées en bikini sur les quais de Seine (non en vrai j’espère que personne ne fait ça. C’est super chelou, même à Paris Plage).

Seulement voilà, en cette période d’amour et de pamoison, quelques hommes mal éduqués confondent danse de la séduction et invasion d’espace vital, jeux de cour et main aux fesses, phrases de loveur et commentaires de quetard. Alors que la gente féminine profite des premiers rayons pour sortir les must de leurs garde robe (oui moi aussi j’ai attendu tout l’hiver pour la mettre cette petite robe à bretelles), une décevante partie de l’autre sexe y voit une invitation à la tripotade et au regard insidieux et surtout, surtout, une bonne excuse pour transformer la moitié de Paris en pièce de boucher.

En ces temps bucoliques, et parce que j’en ai un peu marre de devoir m’excuser de mettre des mini shorts, je trouvais important de parler de quelque chose qui commence  – enfin – à faire parler : le harcèlement de rue. Rassure-toi, je ne suis pas journaliste chez Libé et nous sommes dans le Barbu, je ne vais donc pas te faire un article « sociétal » qui serait à la fois médiocre et indigeste. Non seulement je risque de me faire engueuler par le rédac’ chef mais en plus il y a un mec qui en parle vachement mieux que moi : Thomas Mathieu.

Thomas Mathieu c’est le dessinateur de Projet crocodiles, un tumblr créé en Juillet 2013 et même adapté en BD en Octobre 2014 qui traite justement de ces questions de harcèlement, d’agression, de toutes ces choses malheureusement quotidiennes. C’est vrai que le projet commence à dater car deux ans pour un tumblr = 4 millions d’années humaines mais disons qu’il soulève un problème qui existe depuis longtemps mais qui commence à faire réellement débat depuis quelques mois à peine.

Dans son tumblr Thomas Mathieu illustre des anecdotes racontées par des femmes qui ont subi des agressions qui vont de l’insulte au viol. Avec un trait simple, presque innocent, il illustre ce problème quotidien auxquelles toutes les femmes doivent faire face. C’est la femme qui est toute seule avec une bande de mecs un peu cons dans le métro, c’est la sœur qui doit affronter le regard machiste de son frère ou encore un couple de femmes qu’un groupe de touristes essaye de droguer. A travers ces témoignages, Thomas Mathieu parvient à mettre le doigt sur un problème séculaire sans jamais tomber dans le réquisitoire ou le pathos. Comment ? Les agresseurs sont des crocodiles. Et attention, seulement les agresseurs. Car c’est aussi ça la force de Thomas Mathieu : il ne met pas tous les hommes dans le même sac et souligne à quel point ce problème touche tout le monde car à cause de ces crocodiles, pleins d’hommes ne savent plus trop comment s’y prendre et beaucoup de femmes deviennent paranos.

Mais ce bon vieux Thomas ne fait pas que constater ces problèmes du quotidien. Je suis le tumblr depuis un moment et j’ai adoré le voir évoluer d’une simple dénonciation à la proposition de solutions. J’ai vu fleurir les petites planches qui expliquent comment réagir face à une agression, comment draguer sans harceler. Et il n’y a pas que des histoires de crocodiles révoltantes mais aussi les anecdotes d’un monde est idéal (on est tous des petits lapins trop mignons, c’est pas bon ça ?), où tout le monde se respecte. Thomas Mathieu propose une alternative intéressante – et avec un joli coup de crayon – à tous ces articles, à tous ces débats toujours biaisés et interminables au bout desquels, même si on était d’accord au début, on se déteste.

Du coup, comme moi j’aimerais bien être un petit lapin, j’ai pensé que ça serait sympa d’en parler ici, comme ça plein de gens le liront et personne ne fera de bêtises cet été. Je sais que tu sais déjà tout ça petit lecteur mais au moins si tu croises un crocodile, y aura toujours moyen de lui donner ça à lire avant de lui enfoncer ton poing le pif.

Shamsi

Sada, Kichi Futari-kiri

sodo et kiki

L’érotisme au goût du jour se logerait dans les cravates soigneusement pliées de Christian Gray (menottes d’appoint), et dans les poils (rajoutés en postproduction) du sexe blanc de Dakota Johnson. Fifty Shades of Gray prétend en effet dépeindre la passion, le désir, et la transgression. Or la passion est froide et cède le pas à l’emprise (vaguement amoureuse). Anastasia hésite : acceptera-t-elle, oui ou non, de signer un contrat qui fera d’elle un pur produit de consommation ? L’offre est alléchante, Christian Gray (et son portefeuille bien garni) l’est aussi, mais se prendre une fessée parce qu’on a bu un verre de trop peut paraitre un tantinet démesuré. Et peut même refroidir les plus vaillantes ardeurs.

L’érotisme, le vrai, celui qui brûle et viole les règles, est ailleurs. Au Japon, ce n’est pas Anastasia et Christian, c’est Sada et Kichi. Cette histoire, qui a inspiré L’empire des sens, est d’autant plus frappante qu’elle n’est pas le fruit d’un fantasme. Sada et Kichi se sont aimés, brutalement, sauvagement sans doute, ravagés par l’inexorable frustration de n’être toujours que deux corps. Au moment du Koi, de l’orgasme, ces deux corps se fondent et s’unissent, avant d’être saisis lourdement par le sentiment de l’abandon. Par le risque inévitable que la passion s’épuise, que l’autre nous échappe, par le désir de le dévorer et de le détruire pour que personne d’autre ne puisse en jouïr. C’est pourquoi, pendant une semaine de Koi intensif, presque sans boire et sans manger, Sada fut terrassée par cette énigme : comment dépasser l’obstacle de la chair ? Que faire pour que l’autre soit toujours à moi, en moi, et que ce Koi évanescent, cette brûlure rapide et douloureuse, ne s’éteigne jamais ? Elle trancha.

[Littéralement d’ailleurs] car elle lui trancha la bite. Après avoir étouffé préalablement  son amant dans une dernière-et fatale- étreinte. Puis elle s’enfonça, comblée, dans les rues bouillantes d’un marché voisin. Pendant plusieurs jours durant elle erra, dans un état de félicité suprême, dans les ruelles bondées de Tokyo, hors du temps, ou plutôt éternellement ailleurs. Elle fut prise en photo, lors de son arrestation : cette photographie en noir et blanc est restée célèbre car on y voit, toujours resplendissant, cet étrange sourire de Sada, si terriblement absent. Dans son sac à main, elle avait gardé la partie de son amant qui lui « rappelait ses meilleurs souvenirs ». Sur le corps de Kichi, elle avait écrit de son sang « Sada, Kichi Futari-kiri », autrement dit « Sada et Kichi, ensemble». La fusion avait eu lieu : pour lui la grande mort, pour elle la petite. Du reste, elle échappa d’ailleurs à la peine de capitale par le remarquable soutien que lui témoigna l’opinion publique.

Pourquoi cette histoire pourrait-elle représenter le thug love du siècle ? Rarement Eros et Thanatos ne s’étaient fait autant plaisir, et aucun érotisme aujourd’hui n’a pu dépasser (tout du moins à mon humble connaissance) un tel degré de transgression. Or, cette transgression n’est pas seulement une violation des règles du sexe traditionnel. Si ce couple est Thug, c’est parce que leur transgression est aussi politique. En effet, au moment de ce fait divers, le Japon est en plein cœur de l’ère Showa (1926-1989), marquée par un impérialisme fort et un puritanisme hérité de l’ère Meiji (1868-1912), qui avait introduit la censure des œuvres érotiques en s’ouvrant au monde occidental (fortement coincé). Lorsque Sada fut condamnée, une foule immense vint la soutenir. On la jugea avec compassion pour cet « amour fou ». Elle est alors perçue comme un symbole de liberté sexuelle, elle est celle qui a su assumer ses désirs et les porter à leur paroxysme dans une société fermée et obsédée par la guerre.

Sada et Kichi n’ont certainement rien des héros traditionnels qu’on pourrait lier à l’idée du « thug love ». Ils n’étaient ni charismatiques, ni beaux, elle était une pute, il était son patron. Ils étaient tous les deux pauvres, en portaient certainement les traces-on suppose même que Sada était atteinte d’une bonne MST. Pour autant, Sada et Kichi portent encore un idéal de liberté et de transgression, d’érotisme tragique et de koi éclatant. A l’heure où les militaires se regroupaient pour étendre l’empire japonais à la Chine, ils baisaient, ils faisaient l’amour pendant des semaines.

Et ils s’en foutaient.

C’est pourquoi Ils méritent bien une petite place au panthéon du Thug Love.

Alesklar

When Harry met Voldy

coupleniais

« Harry’s eyes widened as he watched the wizard touch himself. A shiver ran through him; no, he would *not* let himself be aroused by Voldemort. He pulled fruitlessly against his bindings, shaking his head, thinking of anything but how sexy the dark wizard looked, and how many times he’d dreamed of an older man taking him, showing him everything… against his will, he lost the battle with his body as Voldemort touched his cock. Harry blushed even more as he started to get hard.” Broken Innocence, Jade.

Le plaisir du roman, et de la fiction en général, est indissociable de l’apprentissage de la frustration. Lorsque, par exemple, Rhett Butler prit congé de Scarlett sur une cinglante réplique (« oh, mon chéri, si tu t’en va, qu’est-ce que je vais pouvoir faire ? » « ça, ma chère, je m’en fiche totalement.»), après trois lourds volumes de guerre de sécession, ce fut un drame. Un sentiment de vide inouï glaça le cœur de nombreux lecteurs des jours durant. Après Titanic, des scientifiques se réunirent pour prouver qu’il était possible de faire tenir deux corps d’adultes sur une porte d’armoire. Conan Doyle, tentant de se débarrasser d’un Sherlock Holmes devenu écrasant, dû se résoudre, sous la pression des lettres d’injures de ses lecteurs, à le ressusciter. Prisonniers de la narration, mais aussi libres de pouvoir imaginer ce qu’il pourrait se passer, ou ce qui aurait dû se passer -à notre humble avis- ; nous n’avons guère d’autres choix que de faire le pied de grue devant la porte de l’écrivain, ou de se résoudre tristement à la mort de Fred Weasley.

Et sinon… il y la fanfiction ! Ou plus précisément, la fanfiction romantique, parfois érotique, véritable remède à la frustration fictionnelle.

                Une fanfiction, c’est la poursuite d’un récit (en livre, un film, une BD…), ou l’écriture de son prologue. Parfois, la fanfiction prend ses libertés, et, se contentant seulement de conserver le cadre de la narration et/ou les personnages, nous plonge dans un univers radicalement différent de celui de l’auteur. Fifty shades of Gray, par exemple, est à l’origine une fanfiction de Twilight avec deux trois éléments de fesses qu’il semblait manquer au roman initial. Les auteurs de fanfictions romantiques peuvent ainsi se réapproprier une œuvre, pour la diriger vers la fin espérée (et fantasmée). Ils peuvent en gommer les aspérités (Rhett va brusquement décider qu’en vérité, tiens ? En fait, Il aime toujours Scarlett !) ou changer les orientations sexuelles des personnages (Voldemort et Harry peuvent, visiblement, surmonter tous les éléments logiques du roman qui semblaient exclure leur attirance mutuelle)… Largement démocratisée, la fanfiction s’est rapidement répandue sur internet.  Certaines d’entre elles sont même devenues des succès de librairies en vendant leurs droits d’auteurs. Pourtant, une fois le seum comblé, Roméo et Juliette réunis, Harry possédant un peu plus qu’une parcelle de l’âme de Voldemort, un problème reste irrésoluble.

Et bien on s’ennuie.

                En ayant soigneusement retiré, de manière presque chirurgicale, tout ce qui pouvait bien nous transpercer, nous enfoncer dans un profond chagrin, nous tordre de plaisir, il ne reste plus grand-chose. Si Heathcliff fait cent fois l’amour à Kathy, qu’y gagne-t-on ?  La sexualité et les happy ends épuisent souvent les fanfictions romantiques. L’étrange apaisement qu’on peut y trouver (Sherlock Holmes et Watson enfin réunis), cède rapidement le pas à une lassitude froide. Si s’insinuer dans la chambre de Roméo et Juliette le soir de leur nuit de noces peut provoquer un certain plaisir, c’est au détriment de la plus grande jouissance de les y laisser seuls. Si nous découvrions ce qu’il s’était passé après le mariage d’Elizabeth Bennet Et Darcy, non seulement nous serions horrifiés, mais cela serait terriblement ennuyeux.

                Pour autant, les fanfictions doivent aussi être reconnues pour leurs qualités indéniables. Certains auteurs, en s’appropriant totalement l’univers de l’auteur, l’agrandissent pour en faire le foyer d’autres nombreuses histoires (comme, notamment, l’univers étendu de Star Wars). C’est aussi le seul moyen pour de nombreux amoureux de littérature, de films, de BD etc. de retrouver des mondes qui se sont clos avec leurs dernières pages.

Malheureusement, les seules fanfictions qui rencontrent assez de succès pour vendre leurs droits, sont bien souvent des romans érotiques où le récit fait figure de prétexte entre deux scènes faussement transgressives (Fifty shades of gray et After, où le héros n’est autre que Harry Styles, chanteur des one direction, avec plein de tatouages et de piercings, et l’héroïne une blondinette magnifique et, naturellement, vierge.) Cependant, si vous passez outre ces vitrines grossières, certaines fanfictions vous permettront d’agrémenter les univers fictionnels chéris, trop vite quittés.

 Et le tout, sans prétention.

Alesklar

Pour la réhabilitation des livres avec plein d’images dedans.

marguerite

18h42. Bibliothèque de la Sorbonne. Vissée sur mon siège depuis 10h du matin, je sens mon cerveau me couler délicatement par les oreilles. Pour limiter les dégâts, et surtout pour me récompenser de ces 7h de labeur, je sors de mon sac le nouveau numéro de Fluide Glacial, « le journal d’umour et bandessinées » comme ils disent. Il vient de sortir, je l’ai pas encore ouvert, il me reste deux granolas, la vie a un sens finalement . Même à 18h42 dans une bibliothèque universitaire. Alors que je m’installe confortablement sur le bout de comptoir encore libre de l’espace détente pour savourer les planches de Sattouf et de Camille, je sens quelques regards réprobateurs sur mon magazine qui n’est ni le Monde, ni la Quinzaine littéraire.

Biberonnée à Gotlib et autres pépites de la BD francophone depuis que je sais ouvrir les mirettes, j’ai toujours vu la BD comme un art respectable et surtout apprécié. Chez moi, la BD c’est une vraie démarche artistique qui a le mérite de pas en faire tout un plat. Bref, c’est hyper chouette pour ne pas dire la plus belle invention de l’homme après l’épluche légumes (symbole absolu de la domination totale de l’Homme sur la Nature). Oui mais ça c’est chez moi. Depuis j’ai rencontré le monde réel et j’ai compris que j’avais été un peu naïve quant à l’impact de la BD dans le monde de la culture aujourd’hui, particulièrement pour ma génération. En 2015, le 18-25 ans s’intéresse peu au « neuvième art » comme ils disent sur Arte et l’imaginaire collectif le divise en deux catégories : les BD drôles (i.e. : Titeuf) et les romans graphiques pour puristes (i.e. : Les albums de Corto Maltese en version broché). En 2015, si t’aimes te faire des soirées marathon Blast et que tu as lu de Sfar autre chose que le Chat du Rabbin, sache, petit lecteur, que tu es une espèce en voie de disparition.

Il semble que, passé les 14 ans, la BD n’intéresse plus personne avant une espèce de retour d’acide à 35-40 ans. Entre les deux, il y a une nébuleuse d’une vingtaine d’années où être passionné de BD c’est comme avoir un troisième bras au milieu du front. La puberté entraîne-t-elle un besoin de rébellion contre toutes les figures d’autorité ET contre la BD ? Les soudains piques d’hormones entraînent-ils un mépris total du dessin enfermé dans des cases ? Le retour d’acide est-il un de symptômes de la crise de la quarantaine ? La BD est-elle une figure d’autorité ? Que de questions sans réponse que m’affligent. Ce qui m’afflige aussi c’est qu’à chaque fois que tu dis aimer la BD, tu as deux options. L’option mec qui se veut sympa et compréhensif : « Ah ouais moi j’aimais trop Astérix et Lucky Luke quand j’étais gamin et puis maintenant je lis un manga de temps en temps, c’est sympa. » L’option mec qui a décidé de te faire clairement comprendre qu’il faut arrête de sucer ton pouce :  « Ouais bof moi j’ai passé l’âge de ces choses-là. » Non, non, non ! La BD ne se résume pas à la collection de Tintin qu’il y a chez ton pépé et au gigantesque rayon un manga de la Fnac avec ses mecs un peu badants ramassés au sol le nez dans Naruto !

Oui petit lecteur, tu as raison de t’offusquer de mes grandes phrases à l’emporte pièce, à l’humour douteux, de me citer tous les dessinateurs publiés dans les grands magasines, l’expo Gotlib l’été dernier, ta prof de français qui t’a fait étudier un extrait de Calvin et Hobbes. Et oui, Angoulême c’est super ! Mais ça c’est pas le monde réel et si tu demandes à ton voisin quel est le dernier magazine de bande-dessinées qu’il a tenu dans ses mains, il te répondra sûrement avec nostalgie que sa mère lui achetait le Journal de Mickey après avoir longtemps étudié le bras qui vient de te pousser sur le front (oui, moi aussi j’adorais le Mercredi parce que j’allais savoir les nouvelles aventures de Picsou mais là n’est pas la question). La BD c’est pas que ça, ça cherche pas juste à te divertir ou à te faire bêtement rire. C’est pas parce que les choses sont drôles qu’elles ne sont pas sérieuses et d’ailleurs la BD n’est pas que drôle et désinvolte ! La BD, quand tu te penches vraiment dessus c’est beau et ça veut dire quelque chose comme n’importe quel art.

La BD n’est pas le privilège de ton petit frère, de ton pote qui refuse de grandir le bédot au bec ou de ton voisin hipster qui lit de la BD indé suédoise sur le canal Saint-Martin. Lire de la BD n’est pas une honte et le fan de BD est sexy, cultivé, spirituel et accessible (rien que ça).. Alors cours petit lecteur, cours au dernier étage de ta Fnac, cours à ta bibliothèque de quartier, cours au nouvel espace consacré aux arts graphiques au Musée Beaubourg. Cours devenir fan de BD, cours aimer la BD, c’est une meuf bien, je la connais depuis 22 ans et pour le moment on s’entend plutôt bien.

Shamsi.

Les frontières de la culture sont l’excuse des feignants

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Lorsque je vous dis : « culture », quelle est la première chose qui vous vient à l’esprit ? Un musée, une peinture, une sculpture, un film, une photo, un livre ? A cette question, certains d’entre vous, pour se distinguer des masses, accoucheront d’un nom inconnu aux autres et tout triomphant de cet instant tout à fait glorifiant (sans pour autant laisser le moindre de leurs traits trahir cette excitation), s’efforceront par mansuétude de remédier à leur inculture. Il est en revanche nettement moins probable qu’ils vous sortent un « Zelda », un «shadow of the collosius », ou un « final fantasy ». Parce que c’est vachement moins classe et que la probabilité de briller en société en sera largement amoindrie.

Ces braves types sont aussi les bâtisseurs de la grande muraille qui sépare l’orient et l’occident, la culture et le trivial, l’intellectuel et la bêtise, ce qui mérite l’attention et ce qui est méprisable, le jardin et la friche, ce qui doit sa place au panthéon et ce qui devrait se faire pisser dessus. Confortablement installés sur des centaines et des centaines de livres qu’ils broutent à longueur de journée, leur système digestif est tout entier concentré sur l’instant où ils pourront, avec soulagement, vous les ruminer au nez. A ces maux je ne vois qu’un remède : un petit plombier moustachu.

Vous me direz « c’est absurde », je vous dirai « et c’est tant mieux ! ». Ne laissons pas les vieux intellectuels sclérosés, certains papis de la Sorbonne, certains médias, nous dicter ce qui est intelligent et ce qui ne l’est pas. Allons tâter le vulgaire nous-mêmes pour en saisir les nuances, les ambiguïtés, tout ce qui mériterait en vérité notre plus fine attention et que nous abandonnons bien trop vite par honte et par conformisme. Ne cédons pas trop vite à l’appel de la critique, soyons plus malins et plus rigoureux : étudions la chose par nous-mêmes. C’est là l’unique faute (et non moins condamnable) de tous les intellectuels qui tirent les yeux bandés et à tout bout de champs sur un ennemi, somme toute très agréable, qui leur serait en vérité bien sympathique s’ils prenaient un peu de temps pour le connaitre. Erigé en Ayatollah de la violence (GTA) ou en lobotomiseur des foules, le Jeu vidéo n’a guère sa place dans les chasses gardées strictement définies de la culture. Les grosses licences qui font de la violence leur attrait monopolisent la scène vidéoludique au point d’en affoler les plus frileux. Pourtant Rocky Balboa existe, et le cinéma y a survécu.

Peut-être est-ce l’aspect ludique du « jeu » vidéo qui fait froncer les sourcils. Mais le trivial poursuite est là pour nous rappeler qu’on peut jouer intelligemment, et connaitre les jeux vidéo vous donnera d’ailleurs nettement plus de chances de gagner un camembert rose. Quelques exemples peuvent être à ce titre éclairants : Ico (Fumito Ueda) raconte l’histoire d’un garçon né avec des cornes, donné à des chevaliers sans visages par son village, qui craint une malédiction. Il est alors enfermé dans une forteresse au milieu d’un amoncellement de sarcophages. Parvenant à s’échapper, il rencontrera dans sa fuite une entité féminine, Yorda, poursuivie par des ombres noires. Ensemble, sans parler la même langue, ils tenteront de fuir le château. Un jeu indépendant récent, Limbo, nous met dans la peau d’un enfant perdu dans un univers onirique en noir et blanc, fuyant des monstres cauchemardesques pour atteindre un but qui ne nous est révélé qu’à la fin. Sibéria, de Benoit Sokal, raconte l’histoire d’une avocate mandatée par une entreprise pour racheter une usine à Hans Voralberg, inventeur d’automates. Dans son périple pour le retrouver, elle empruntera un train automatique conduit par un robot, Oscar, qui l’emmènera tout droit sur une île perdue et inconnue, où existent encore…des mammouths. Qui mieux que Hayao Miyasaki pour terminer avec son jeu, Ni No Kuni ? Voilà donc un petit florilège qui saura, je l’espère, apaiser les plus récalcitrants. Il y a de la poésie dans le jeu vidéo comme il y’en a dans le cinéma.

La limite de la culture telle qu’elle est soigneusement établie est donc friable, voire un peu feignante. Dire que « c’est mauvais » épargne certes l’effort d’aller y regarder à deux fois, mais c’est surtout une bonne grosse excuse de flemmards qui n’ont jamais tâté de la manette.

Alesklar