Freak is the new cute

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Vous connaissez la culture de la miminesse ?

Si je vous dis: coeur coeur tablette de chocolat cerise petite radio ronde ? Chat avec les yeux en forme de coeur, vernis à ongles, bisou, bikini? Gif de chat ? Dessins enfantins (de chat) pastels ? Bébés hérissons face caméra ? Bébés tout court ?

Corsons un peu le jeu si je hastague (verbe du premier groupe) « cute ». Certes, cet éléphant qui gonfle un ballon-chewin-gum avec sa trompe est très mignon. Mais… grimaces, couleurs de cheveux licornes, tatouages d’invertébrés et autres energumènes rose fuschia ont remplacé les chats. Parfois, Instagram me rappelle des jeux surréalistes, des réunions absurdes de signifiants et de signifiés, l’OuLiPo et sa fausse gratuité. (Souvent, non.) Parfois, mon fil d’actualité Facebook ressemble à un concours de recettes de vaseline parfumée à la barbapapa. (Souvent, à un gloubi-boulga politique par définition indigeste.)

Je crois qu’on a un problème avec les trucs mignons. Et quand je dis nous, je ne fais pas tellement référence à un truc de génération (ma mère aussi partage des gifs chelous). Bref, historiquement, je crois qu’il s’est passé un truc avec Bob l’éponge. Un bouleversement dans les représentations. Bob l’éponge, c’est le moment où, westernwide, on commence à trouver une éponge et un poulpe mignon. (Et une écureuil en tenue de cosmonaute sous marin…). Shrek aussi a été pas mal pour ça. Une grande part de moi a envie de vous dire : LES PUNKS L’AVAIENT FAIT AVANT. Mais il faut savoir qu’une grande part de moi a toujours envie de faire ça. Et de re mater The Doom Generation. C’était pas vraiment cute mais c’était cool. Quoique Amy Blue était mimi quand même… Reste que mon père m’a interdit Gregg Araki et pas Bob l’éponge ni Pulp Fiction (une histoire de céphalopodes?). Je crois qu’il y a une sorte d’échelle du cute, du cool, du freak, du ultra dangereux alerte alerte. Si je retourne à mon actu insta, la plupart des freaks demeurent cute : ielles dégoulinent de rose, de paillettes et de t-shirt queer sexy (je reconnais que mon fil d’actu est particulièrement queer aussi). Le freak fait peur au moment où il franchit la barre de la transgression. Laquelle est, on le sait bien depuis Bataille et ses yeux-dans-les-yeux, devenue informe, mouvante, effervescente comme un cachet d’aspirine au début des années 2000. Je me souviendrai toujours de ce proverbe russe, lu au détour d’une étude critique sur la transgression au début des années 2010 : « le baiser des amants dérange» précédant une hypothèse de Foucault à propos de cet excès, ce dépassement, cette biffure.

« Peut être un jour apparaîtra t elle aussi décisive pour notre culture, aussi enfouie dans son sol, que l’a été naguère, pour la pensée dialectique, l’expérience de la contradiction ».

Proposition ouverte, s’il en est… Reste que la hiérarchisation du cute, du freak ou des espèces, des genres, des individus, continue de nous poser des sacrés problèmes. Ou des problèmes sacrés, en fonction d’où on place le divin. Alors je suis pas contre les photos de chats, les épisodes de Bob l’éponge ou les cheveux pastels (et combien savent que je suis lela premièrE a arborer les couleurs de cheveux les plus improbables) mais que reste-t-il de ce mot, vraiment : freak. Que reste-t-il à celleux qui se font toujours traiter de freak quand tout le monde se l’est réapproprié ? Les bullied, les détraquéEs, les malapprisEs, les malaiméEs, les dérangeurEUSEs, les déclasséEs, les raciséEs, les Outkasts de tous côtés ?

Je me demande. Si on réactualise pas juste le rêve américain et l’ascension sociale à coup de bizarreries, d’irrégularité, de baroque post-punk, de perles fluo ?

Et comme l’a si bien suggéré un étrange porteur de l’étendard freak :

« Where are we now ? »

Justin(e), au sud de nulle part

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