Whiplash, ça claque !

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Alors, la première ça sera du cinéma ! On introduit dans Le Barbu la chronique dite « culturelle ». Eh oui, c’est un journal avec des connards d’étudiants, pour beaucoup de gauche ; alors faut bien une connasse qui bave de la culture, qui va au cinéma trois fois par semaine et au théâtre voir des pièces de huit heures en allemand (et non ce n’est pas une blague je fais vraiment ce genre de choses). Sadomasochisme ? Oui, peut-être et c’est d’ailleurs ce goût certain pour la souffrance qui m’amène au film de la semaine.

Avec Docteur Céphalopodus, que vous ne connaissez pas encore parce que c’est un flemmard et qu’il n’écrira qu’au prochain numéro, nous sommes allés voir Whiplash. Avec un titre pareil, vous imaginez, j’étais toute excitée. Un film qui veut dire coup de fouet, j’arrive ! Parce que moi, j’aime quand ça claque ! Je suis partie en quête d’une représentation un peu plus poignante de la communauté BDSM qui n’a connu de diffusion mainstream qu’avec le déplorable Fifty Shades of Grey dont l’adaptation cinématographique, qui envahira bientôt toutes les salles qui veulent se faire de l’argent, va permettre à de jeunes couples de voir ensemble un film pseudo-sadomasochiste érotico-romantique sur grand écran.

Eh bien, si je m’étais trompée sur le titre du film qui est, en réalité, une référence au titre de jazz Whiplash de Hank Levy, en ce qui concerne la domination, la souffrance et les relations perverses, je tiens à vous dire que j’ai été servie ! Dans ce très bon film, disons-le immédiatement, nous suivons Andrew Neiman, un jeune élève batteur de jazz (en première année) au prestigieux Shaffer Conservatory, repéré par le professeur et chef d’orchestre Terence Fletcher. Ce dernier tente de le pousser à travailler par des méthodes tout à fait pédagogiques consistant en une humiliation constante, une manipulation psychologique, oscillant entre une fausse gentillesse et quelques insultes hurlées au visage du jeune élève après lui avoir envoyé une cymbale à la tête. Vous comprendrez donc que cette relation fort chaleureuse m’a intéressée. J.K. Simmons qui incarne Fletcher, ce professeur philanthrope à la recherche du prochain Buddy Rich, est absolument effrayant. Quand le spectateur croit voir poindre une lueur d’humanité dans les yeux de ce tortionnaire jazzman il revient insulter tous nos Charlie Parker en herbe à coup de « cock suckers » et autre noms d’oiseaux.

Cette histoire repose entièrement sur ces deux personnages. Les autres personnages, les autres relations ne viennent que nourrir la construction de cette relation entre Neiman et Fletcher, ainsi exit assez vite la copine que le bleu vient de se faire, fort de la confiance que lui avait donné son recrutement par Fletcher. Il le dit : il veut être « one of the greats » (parce que oui, je le cite en anglais. Vous ne croyez quand même pas que je vais voir des films en VF ? Et puis quoi encore, manger du pop corn devant un block buster ? Je n’ai pas assez d’humour pour ça). Fletcher serait alors le dominateur, figure paternelle de mentor qui initie aux plaisirs de la baguette le jeune Andrew. Andrew, tourneur de page de première année dans un orchestre de jazz, est choisi pour être d’abord, tourneur de page de première année dans un meilleur orchestre de jazz. Ascension sociale fulgurante ! Mais une fois passée l’idylle du premier jour, une fois terminée l’euphorie de la sélection, commence le travail. Il faut le former cet enfant, l’assigner à une discipline (le D de BDSM rappelons-le) : la discipline du tempo battu nonchalamment par Fletcher. Et ce dernier entend le mener à la baguette ! (oui ce n’était peut-être pas la meilleure, mais franchement pour un batteur j’étais obligée de la faire) Pour se soumettre à cette discipline, Neiman travaille sans cesse, les mains en sang il continue ; il faut être parfait pour le maître. Mais lorsque ce dernier le pousse trop à bout, (no safety words) il lui saute dessus. Tentative de parricide, tuer la figure du père pour prendre sa place et être enfin le meilleur, ou pulsion ; Eros et Thanatos semblent posséder le jeune homme qui hurle alors, car, pour satisfaire son aîné il avait saigné sur la caisse claire immaculée à son premier concert en tant que titulaire dans l’orchestre. Dépucelage raté pour Neiman qui s’était pourtant bien entraîné.

Après je vous préviens, je continue sur un bon gros SPOILER, donc si vous voulez rester vierge de toute information sur le dénouement, aller dans le premier bon cinéma devant lequel vous passez et allez voir la fin !!! Sinon, lisez, ainsi vous découvrirez, peut-être, où est ce que je veux en venir. Pas sûr.

Et voilà la bonne grosse dépression qui vient frapper à la porte! Exclu de son école, il arrête tout. Plus tard, une avocate défendant la famille d’un ancien élève de Fletcher qui s’est suicidé, le contacte. Grâce à son témoignage anonyme, Fletcher est renvoyé. Et puis, le hasard fait bien les choses, ils se retrouvent dans un bar de jazz. Et autour d’un verre, discutant du passé, Fletcher avoue ses erreurs et ses aspirations détruites et tente une réconciliation avec son ancien élève en l’invitant à jouer pour un prestigieux concert où tout le gratin du monde du jazz sera là. À ce moment-là du film, on se demande ce qui est arrivé. Le Happy ending forcené des Américains aurait-il triomphé de Damien Chazelle, le réalisateur ? On s’insurge. Quelle est cette fin en carton digne de tous les navets romantiques consensuels dont nous abreuve le cinéma anglo-saxon ? Quelle erreur ! Retournement, Fletcher qui a redonné espoir au jeune batteur le détruit devant tous ceux qui auraient pu lui donner sa chance : il a omis de lui donner la partition du premier morceau. En plein concert, il s’avance vers la batterie, et jubile. La vengeance est douce, car si lui est renvoyé à cause de Neiman il reste un grand jazzman, après ce désastre Andrew n’est plus rien. Alors évidemment, humilié le jeune homme fuit, et se console dans l’étreinte réconfortante de papa.

Fletcher pense avoir eu raison de l’enfant. Mais comme un homme, demi-tour droite, et au pas de course, il prend ses couilles et remonte sur scène. Il entame un solo de batterie extraordinaire, où on le voit souffrir. Son visage se fend dans des grimaces qui oscillent entre un orgasme assez puissant et la concentration extrême de la colique néphrétique. Fletcher vaincu ne peut rien faire, il le menace de lui arracher les yeux mais reste qu’il est sur scène, donc soumis au regard du spectateur. Neiman a gagné. Et alors qu’on a tous fini de croire que Fletcher est bien le pire des enculés, il fait jouer tout l’orchestre avec lui, et le film se finit sur le sourire et le regard presque complice du chef d’orchestre à son batteur. Le film ne laissera pas la place aux applaudissements qu’on sent arriver dans la salle, le spectateur les attend, il veut voir Andrew triompher par l’approbation générale qu’on sait évidente. Mais non, Chazelle termine sur l’échange de regard entre les deux personnages. Jusqu’au bout Chazelle centre son film sur cette relation ambiguë et intense entre les deux personnages. Et l’ambiguïté demeure, parce que même si Andrew a gagné, car il a prouvé qu’il était un des grands, sa victoire se fait par l’approbation de Fletcher. S’il a réussi à s’élever dans le regard de Fletcher et à exister comme un très bon musicien, Neiman réussit son accomplissement grâce à Fletcher. Alors qui a gagné, Fletcher qui prouve que sa méthode marche ou Andrew qui prouve qu’il a sa place parmi les grands ?

BonneMère

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